SESSION 1 (Groupe D)

Sommaire

1. Manifestations et signes de l’anorexie mentale, de la boulimie et de l’hyperphagie boulimique

1.1 Vers le diagnostic de l’anorexie mentale

1.2. Vers le diagnostic de la boulimie

1.3 Vers le diagnostic de l’hyperphagie boulimique

1.4 Les facteurs prédisposants, précipitants et perpétuants

Bibliographie

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1. Manifestations et signes de l’anorexie mentale, de la boulimie et de l’hyperphagie boulimique

Les troubles des conduites alimentaires (TCA) regroupent une grande catégorie d’affections dont l’anorexie mentale et la boulimie font partie. Ces troubles sont essentiellement caractérisés par « des perturbations persistantes de l’alimentation ou du comportement alimentaire entraînant un mode de consommation pathologique ou une absorption de nourriture délétère pour la santé physique ou le fonctionnement social » (American Psychiatric Association, 2013, p. 429). Les troubles comme l’anorexie mentale et la boulimie surviennent habituellement chez les adolescentes ou chez les jeunes femmes, mais peuvent également apparaître chez les femmes plus âgées, les pré- adolescents, les adolescents et enfin les jeunes hommes (World Health Organization, 2018).

Ces troubles peuvent être issus de facteurs multiples et provoquer des perturbations physiologiques importantes. Ces deux axes, physique et physiologique, sont co-dépendants et sont nettement visibles dans les domaines de l’anorexie mentale et de la boulimie. Ce chapitre s’inscrit donc dans une visée didactique : il s’agira de vous présenter de façon succincte les différentes manifestations et les signes qui caractérisent l’anorexie mentale, la boulimie et l’hyperphagie.

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1.1 Vers le diagnostic de l’anorexie mentale

Dans le cas de l’anorexie mentale, il existe une prévalence féminine qui se matérialise dans les chiffres : par an, environ 0,4% de jeunes femmes souffrent de ce trouble, tandis que le ratio annuel masculin est d’environ 1/10 (American Psychiatric Association, 2013).

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Les critères diagnostics essentiels

L’anorexie mentale, au même titre que la boulimie, sont les troubles des comportements alimentaires dont on entend généralement le plus parler. Dans les manuels de diagnostic tels que le DSM-5 et la CIM-10, l’anorexie mentale est essentiellement définie par trois grandes caractéristiques que l’on peut lister comme ceci (American Psychiatric Association, 2013).

Une « restriction prolongée des apports énergétiques » (American Psychiatric Association, 2013, p. 441), ou, en d’autres termes, de la consommation alimentaire. Ce type de restriction a une incidence directe sur le plan physique, et conduit à un résultat pondéral « significativement bas compte tenu de l’âge, du sexe, du stade de développement et de la santé physique » (DSM p. 441) des patient.e.s. Très souvent, on utilise comme repères l’indice de masse corporelle (IMC < 17,5 ; Goulet et al., 2019) ou encore une estimation du poids attendu pour les enfants et adolescents pour déterminer la valeur du poids réelle (basse, normale, etc.).

Une « peur intense de prendre du poids ou de devenir gros ou un comportement persistant interférant avec la prise de poids » (American Psychiatric Association, 2013, p. 442). L’anorexie mentale est en effet caractérisée par une psychopathologie particulière qui se manifeste par « l’intrusion persistante d’une idée surinvestie : la peur de grossir et d’avoir un corps flasque » (OMS p. 204). Ainsi, même lorsque le poids est déjà significativement bas, les patient.e.s s’imposent de le maintenir, voire de le diminuer plus encore.

Une « altération de la perception du poids ou de la forme de son propre corps » (American Psychiatric Association, 2013, p. 442). Dans ce type de trouble, l’estime de soi est fortement perturbée par « l’influence excessive du poids ou de la forme corporelle » ou par le « manque de reconnaissance persistant de la gravité de la maigreur actuelle (DSM p. 442). »

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Autres symptômes associés

Habituellement, on observe en plus des critères énoncés ci-dessus, des symptômes complémentaires liés à l’anorexie mentale. L’importance accordée à la minceur, au poids et à son contrôle, conduit la personne atteinte d’anorexie mentale à dépenser une énergie psychique et physique qui induit, sur le long terme, de nombreuses complications. L’intensité de la sous- alimentation peut donc engendrer des perturbations physiologiques, endocriniennes et métaboliques importantes (fatigue, évanouissements, anémie, faiblesse musculaire, troubles cardiaques, aménorrhée, perte capillaire, sensibilité au froid, etc. ; American Psychiatric Association, 2013), ainsi que des bouleversements psychologiques considérables (difficulté de concentration, humeur triste et irritable, isolement social).

Ces types de comportements ont également des répercussions importantes sur les pensées, qui se manifestent notamment par des distorsions cognitives et une altération de l’image de soi, comme nous avons pu le voir. Cette forme de rigidité renforce le « cercle vicieux du contrôle privation-prise de poids ». Surajouté à cela, on observe également un dernier versant de symptômes qui se compose comme suit : « une restriction des choix alimentaires, une pratique excessive d’exercices physiques, des vomissements provoqués et l’utilisation de laxatifs, de coupe-faim et de diurétiques » (World Health Organization, 2018, p. 204). Il faut toutefois vous souligner que les vomissements entraînent sur le long terme de lourdes conséquences, comme des troubles du rythme cardiaque et des problèmes dentaires, de la même manière que l’utilisation de laxatifs peut provoquer une constipation chronique.

Dans certains cas, l’anorexie mentale peut également être associée à des comorbidités telle que la boulimie, que nous détaillerons ci-après.

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Les différents types d’anorexie mentale

Le DSM-5 fait état de différents types d’anorexie mentale, que l’on peut articuler comme ceci :

  • Le type restrictif, qui désigne un mode de fonctionnement où « la perte de poids est essentiellement obtenue par le régime, le jeûne et/ou l’exercice physique excessif » (American Psychiatric Association, 2013, p. 441). Les patient.e.s se situent dans ce type de cas dès lors qu’on ne recense aucun de ces accès dans les trois derniers mois : hyperphagie (gloutonnerie), vomissements provoqués et comportements purgatifs (recours aux laxatifs, aux diurétiques et aux lavements).

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  • Le type accès hyperphagiques/purgatif, qui caractérise les situations au cours desquelles, et durant les trois derniers mois, les patient.e.s présentent des « accès récurrents de gloutonnerie et/ou [ont] recouru à des vomissements provoqués ou à des comportements purgatifs (c.-à-d. laxatifs, diurétiques, lavements) » (American Psychiatric Association, 2013, p. 441).

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1.2 Vers le diagnostic de la boulimie

Dans le cas de la boulimie, la prévalence est également féminine : annuellement, les chiffres pointent entre 1 et 1,5% des jeunes femmes, et le ratio masculin reste plus faible bien qu’existant (environ 1/10 par an). On trouve souvent, dans les antécédents des troubles boulimiques, des épisodes d’anorexie mentale. Toutefois, la boulimie peut également survenir de manière indépendante.

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Les caractéristiques diagnostiques essentielles

Plusieurs marqueurs permettent de valider un diagnostic boulimique, et parmi ceux-ci, le DSM-5 (American Psychiatric Association, 2013, p. 448) recense trois grands critères essentiels : La « survenue récurrente d’accès hyperphagiques ». Ces crises de gloutonnerie, ou de binge-eating, répondent à deux critères : 1) l’absorption, en un temps limité, d’une très grande quantité de nourriture, souvent riche en sucres, en féculents et en graisses ; 2) le surgissement d’un sentiment de perte de contrôle qui accompagne la prise de nourriture (par exemple le sentiment de ne pas pouvoir s’arrêter de manger, de ne pas pouvoir contrôler ce que l’on mange ou la quantité de nourriture que l’on mange). Pour pouvoir parler de boulimie, ces accès hyperphagiques doivent survenir au moins une fois par semaine pendant trois mois.

Des « comportements compensatoires inappropriés et récurrents visant à prévenir la prise de poids ». Ces comportements compensatoires désignent entre autres l’emploi excessif de laxatifs, de diurétiques et d’autres médicaments, le jeûne ou encore l’exercice physique abusif. Pour pouvoir parler de boulimie, ces comportements compensatoires doivent survenir au moins une fois par semaine pendant trois mois.

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Une « estime de soi influencée de manière excessive par le poids et la forme corporelle ». C’est à cette préoccupation excessive du contrôle du poids que l’alternance entre les accès hyperphagiques et les comportements compensatoires est due.

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Déterminer le seuil de sévérité du trouble permet d’adapter correctement sa prise en charge. Le DSM 5 (American Psychiatric Association, 2013, p. 448) établit ce seuil à partir de la fréquence des comportements compensatoires inappropriés :

  • Légère : désigne le recours en moyenne d’un à trois épisodes de comportements compensatoires inappropriés par semaine.
  • Moyenne : désigne le recours en moyenne de quatre à sept épisodes de comportements compensatoires inappropriés par semaine.
  • Grave : désigne le recours en moyenne de huit à treize épisodes de comportements compensatoires inappropriés par semaine.
  • Extrême : désigne le recours en moyenne d’au moins quatorze épisodes de comportements compensatoires inappropriés par semaine.

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1.3 Vers le diagnostic de l’hyperphagie boulimique

L’hyperphagie boulimique est considéré comme une forme de boulimie sans comportements compensatoires (Haute Autorité de Santé). Sa prévalence est de 3-5% et le sex-ration homme/ femme n’est pas aussi déséquilibré que dans l’anorexie mentale ou dans la boulimie puisqu’elle touche 1 homme pour 2 femmes. De plus, 30 à 50% des personnes souffrant d’obésités souffrent d’hyperphagie boulimique. Les personnes atteintes d’hyperphagie boulimique consultent encore moins que dans le cas d’autres troubles du comportement alimentaire (Haute Autorité de Santé).

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Les caractéristiques diagnostiques essentielles

Plusieurs symptômes permettent de poser le diagnostic d’hyperphagie boulimique, et parmi ceux-ci, le DSM-5 (American Psychiatric Association, 2013, p. 448) mentionne :

Comme dans la boulimie : La « survenue récurrente d’accès hyperphagiques ». Ces crises de gloutonnerie, ou de binge-eating, répondent à deux critères : 1) l’absorption, en un temps limité, d’une très grande quantité de nourriture, souvent riche en sucres, en féculents et en graisses ; 2) le surgissement d’un sentiment de perte de contrôle qui accompagne la prise de nourriture (par exemple le sentiment de ne pas pouvoir s’arrêter de manger, de ne pas pouvoir contrôler ce que l’on mange ou la quantité de nourriture que l’on mange). Pour pouvoir parler de boulimie, ces accès hyperphagiques doivent survenir au moins une fois par semaine pendant trois mois.

A contrario de la boulimie que : Le comportement boulimique n’est pas associé au recours régulier à des comportements compensatoires inappropriés (p. ex., vomissements ou prise de purgatifs, jeûne, exercice physique excessif) et ne survient pas au cours d’une anorexie mentale ou d’une boulimie.

D’après le DSM 5 (American Psychiatric Association, 2013, p. 448), le niveau de gravité peut être majoré afin de refléter les autres symptômes et le degré d’incapacité fonctionnelle :

  • Léger : 1-3 accès hyperphagiques par semaine.
  • Moyen : 4-7 accès hyperphagiques par semaine.
  • Grave : 8-13 accès hyperphagiques par semaine.
  • Extrême : > 14 accès hyperphagiques par semaine.

Le grignotage continu de petites quantités d’aliments toute la journée n’est pas considéré comme de l’hyperphagie boulimique.

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1.4 Les facteurs prédisposants, précipitants et perpétuants

Que ce soit dans le cas de l’anorexie mentale, de la boulimie ou de l’hyperphagie boulimique, il existe différents facteurs induisant et alimentant ces troubles. On distingue pour cela les facteurs prédisposants, précipitants et perpétuants (voir schéma ci-dessous).

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Dans l’anorexie mentale

L’anorexie mentale peut être due à une multitude de facteurs variant d’une personne à l’autre. Parmi les facteurs prédisposants, on retient les troubles anxieux et les traits obsessionnels présents durant l’enfance, mais également l’affiliation au premier degré à une ou plusieurs personnes atteintes d’anorexie mentale ou de boulimie.

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Dans la boulimie

Pour la boulimie, on recense une multitude de facteurs qui peuvent contribuer au surgissement de ces crises : des émotions désagréables, la solitude, les jeûnes, le non-respect d’une règle alimentaire trop rigide, et, surtout, la boulimie est une réponse normale au jeûne. On retrouve également parmi ces facteurs les « préoccupations liées au poids, la faible estime de soi, les symptômes dépressifs, l’anxiété sociale et l’hyperanxiété » présents durant l’enfance, au même titre que « des antécédents de maltraitance physique ou d’abus sexuels » qui peuvent conduire à l’éclosion du syndrome boulimique (American Psychiatric Association, 2013, p. 452).

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Dans l’hyperphagie boulimique

Les facteurs déterminantes de l’hyperphagie boulimique sont très proches de ceux que l’on retrouve dans la boulimie.

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Bibliographie

American Psychiatric Association (Éd.). (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders : DSM-5 (5th ed). American Psychiatric Association.

Goulet, J., Chaloult, L., & Ngô, T. L. (2019). THÉRAPIE COGNITIVO- COMPORTEMENTALE DES TROUBLES ALIMENTAIRES. MANUEL D’INFORMATION DESTINÉ AUX PATIENTS.

World Health Organization. (2018). International classification of diseases for mortality and morbidity statistics (11th Revision). https://icd.who.int/browse11/l-m/en

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